OBG Report Mars 2019: Le secteur de l'energie tunisien

La Tunisie cherche à accroître les investissements étrangers dans son secteur des énergies renouvelables dans le cadre d’une stratégie de diversification de son bouquet énergétique et de réduction de la dépendance du pays aux importations d’hydrocarbures.

Slim Feriani, le Ministre de l’Industrie et des PME, a annoncé mi-janvier que le pays visait à attirer 2 milliards de dollars d’investissements étrangers grâce au lancement d’appels d’offres internationaux portant sur la réalisation d’une série de projets d’électricité éolienne et solaire au cours des trois prochaines années.

Ces investissements permettraient de doter la Tunisie d’une capacité de production supplémentaire de 1900 MW d’ici 2022, ce qui représentera alors environ 22% de la capacité installée.

Cela contribuera également à rapprocher la Tunisie de l’objectif à long terme qu’elle s’est fixé dans le Plan d’Action Pour l’Accélération des Projets d’Energie Renouvelables, lancé en 2016, à savoir de couvrir 30% de ses besoins en électricité par des énergies renouvelables d’ici 2030.

A l’heure actuelle, environ 3% de l’électricité produite en Tunisie est de source renouvelable – éolienne pour la plupart- le reste provenant de centrales électriques fonctionnant à partir de combustibles fossiles. La capacité installée atteint aujourd’hui 5781 MW et on s’attend à une augmentation de la demande de l’ordre de 2 à 5% par an.

Cette volonté de développement des capacités des énergies renouvelables s’explique en partie par des pressions budgétaires. Les importations énergétiques représentent environ un tiers du déficit commercial, qui est passé de 15,6 milliards de dinars (4,6 milliards d’euros) en 2017 à 19 milliards de dinars (5,6 milliards d’euros) l’an dernier.

Le déficit commercial pourrait se creuser encore davantage cette année, les importations énergétiques affichant une hausse de 26,6% en glissement annuel au mois de janvier, imputable en grande partie à une augmentation des importations de gaz utilisé pour alimenter les centrales électriques. Si le pays intensifie actuellement sa production d’hydrocarbures, avec une production de gaz qui devrait passer de 35 000 barils équivalent pétrole par jour à 65 000 d’ici la fin de cette année, les réserves tunisiennes limitées ne suffiront pas à répondre à une demande d’énergie qui évolue à la hausse.

Plan d’investissement dans les énergies renouvelables

L’augmentation des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique devrait entraîner une hausse de l’investissement privé dans le secteur, et en particulier un essor des activités des producteurs d’électricité indépendants (IPP).

Mi-janvier, le Ministère de l’Industrie et des PME a annoncé que pour la première fois il avait autorisé des entreprises étrangères à construire et exploiter des centrales électriques éoliennes dans le pays. Les quatre projets retenus disposeront d’une capacité combinée de 120 MW.

Les opérateurs – les entreprises françaises Luca Holding et VSB Énergies Nouvelles, la compagnie allemande Abo Wind et la filiale tunisienne de la société internationale UPC Renewables - investiront en tout 400 millions de dinars (117,2 millions d’euros) dans ces projets.

L’électricité produite par les quatre parcs éoliens sera ensuite vendue au groupe public Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG).

Ces projets font partie d’un ensemble d’initiatives dans le domaine des énergies renouvelables – solaire et éolienne- qui entendent doter la Tunisie d’une capacité supplémentaire de 1000 MW et pour lesquelles le Ministère de l’Energie, des Mines et des Energies Renouvelables a lancé des appels à candidature de pré-qualification en mai dernier.

L’accent accru placé sur les énergies renouvelables pourrait également entraîner une diversification du marché de la production électrique en aval, jusque-là dominé par la STEG. Actuellement, la compagnie d’électricité publique est à l’origine de 90% de la capacité de production en Tunisie, les IPP se partageant le reste.

A l’heure où le gouvernement s’attèle à atteindre l’objectif ambitieux qu’il s’est fixé en matière d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, les IPP pourraient tirer profit d’opportunités d’investissement accrues dans le secteur au cours des années à venir.

Des bases règlementaires solides

Si la Tunisie ne dispose actuellement que d’une capacité de production limitée, le cadre législatif régissant le secteur devrait lui permettre de tirer le maximum de profit des projets d’énergie renouvelables et d’attirer davantage d’investissements, selon un récent rapport de la Banque Mondiale. Le rapport traitant des « Indicateurs sur les politiques publiques en matière d’énergie durable », publié en décembre dernier, constatait que la Tunisie, malgré son statut de pays à faible ou moyen revenu, était parvenue à mettre en place un cadre règlementaire solide en matière d’énergies renouvelables, comparable à celui de pays à revenu élevé.

La Tunisie affiche de bons résultats dans le domaine de la planification de l’efficacité énergétique, avec notamment la mise en place de mesures incitatives et de directives pour le secteur public et l’industrie – des facteurs qui devraient apporter un solide soutien aux fournisseurs de services de la filière renouvelable.

La Banque Mondiale classe la Tunisie parmi les trois pays où le développement des cadres règlementaires, fiscaux et infrastructurels nécessaires au déploiement des énergies renouvelables a connu la plus forte amélioration. Ce cadre comporte des dispositions concernant la privatisation des ressources énergétiques et des règlementations qui régissent le secteur.

Le rapport notait toutefois que la Tunisie accusait toujours un retard pour ce qui est de l’élaboration de politiques publiques pour soutenir le raccordement au réseau et l’accès à ce dernier par des tiers et qu’il est nécessaire de déployer davantage d’efforts pour promouvoir les énergies renouvelables en dehors du secteur de l’électricité.

Pour plus d'information sur l'économie Tunisienne, visitez le site Web de Oxford Business Group.

(c) Oxford Business Group 2019 

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